“Seiji Ozawa – Retour au Japon” à voir sur Arte

Pour “agrémenter” votre confinement, je vous conseille de voir le documentaire très émouvant consacré au retour de Seiji Ozawa au Japon qui passe ce soir sur Arte à 00h25, mais qui est également disponible sur le site arte.tv. Voilà qui donne à réfléchir quand on polémique sur le caractère “universel” de la musique classique occidentale, et permet de comprendre pourquoi la Chine, la Corée (du sud), Taiwan et le Japon sont des pépinières de solistes parmi les plus  impressionnants aujourd’hui. De quoi rejeter la figure du fameux “plombier polonais”, inopérante ici comme ailleurs.

A compléter avec le livre des conversations Murakami/Ozawa De la musique publié maintenant dans la collection de poche 10/18, et récemment au programme de notre groupe de lecture.

L’opéra, un art d’aujourd’hui

Ne retenons que le seul critère quantitatif : parmi les 50 opéras les plus représentés dans le monde lors des 10 dernières saisons, l’opéra le plus récent est Turandot de Puccini, créé en 1926. C’est dire que l’art lyrique peut être vu comme un art en grande partie patrimonial.
Chacun des acteurs impliqués dans la réalisation d’une production d’opéra aujourd’hui cherche à répondre à la question : comment faire pour qu’une œuvre du passé parle encore à nos contemporains ?

Mais mieux encore : le genre opéra ne s’est pas arrêté avec les grands créateurs du XIXe siècle et du début du XXe siècle, avec les Verdi, Wagner et autres Puccini et Richard Strauss. Des compositeurs modernes puis contemporains ont su renouveler le genre à la suite de Debussy et de Berg. Le bel article « Dix opéras pour goûter aux charmes de la musique contemporaine » qui vient de paraitre sur le site ForumOpera nous propose dix œuvres que la postérité retiendra peut-être…

Görge le rêveur de Zemlinsky sur France Musique

Si vous avez aimé (ou si vous avez raté) Görge le rêveur l’opéra de Zemlinsky donné en septembre-octobre à l’Opéra National de Lorraine, vous pouvez écouter la retransmission ce soir samedi 7 novembre sur France Musique à 20h dans l’émission de Judith Chaine Samedi à l’opéra (disponible ensuite à la réécoute en podcast).

Accompagnés par l’orchestre et le chœur de l’Opéra National de Lorraine sous la direction de Marta Gardolinska, Daniel Brenna (ténor) et Helena Juntunen (soprano) tiennent les rôles principaux de Görge et de Gertraud dans l’opéra donné le 16 octobre dernier à l’Auditorium de Dijon, notre partenaire dans cette coproduction.

Covid fan tutte

Nos amis Gaillard nous proposent chaque mois dans leur rubrique leur livraison d’opéras en accès gratuit sur Internet, mais je voudrais insister sur la dernière production de l’Opéra national de Finlande, tout à fait singulière. Comme indiqué dans la présentation de la captation disponible sur le site Operavision.eu : ” Covid fan tutte revisite de manière satirique l’opéra classique de Mozart en adaptant son scénario pour refléter l’expérience de la Finlande pendant la crise du coronavirus. Avec la soprano Karita Mattila et dirigée par Esa-Pekka Salonen, la production suit avec légèreté la vie quotidienne des Finlandais, ponctuée par les conférences de presse du gouvernement et des experts. Le livret est de Minna Lindgren ; la musique est (presque) à 100 % de Mozart.”

Profitez de cette œuvre singulière disponible ici jusqu’au 26 février 2021. Bon, les sous-titres ne sont disponibles qu’en anglais, mais vous connaissez l’histoire…

Les Contes d’Hoffmann ou Le Reflet retrouvé de Jacques Offenbach

Jean-Pierre Vidit,  président du Cercle Lyrique de Metz, fait paraître ce mois d’octobre 2020 aux éditions SYMETRIE un ouvrage sur Les Contes d’Hoffmann, le chef d’œuvre de Jacques Offenbach :

“À la suite de la première des Contes d’Hoffmann, Ernest Reyer avouait  : « Je doute, ai-je-écrit quelque part il y a bien des années déjà, qu’une œuvre sérieuse sorte de la plume de qui a écrit les excentricités d’Orphée aux Enfers et de La Belle Hélène. Eh bien, je me suis trompé. »
Par un de ces pieds de nez dont l’histoire à le secret, Jacques Offenbach est acclamé pour le dernier opéra de sa production, Les Contes d’Hoffmann. Il connaît enfin le succès sur une scène officielle mais, ironie du sort, c’est à titre posthume ! Il gagne de ce fait sa place tant convoitée parmi les grands compositeurs dont les œuvres brillent au frontispice des grandes salles lyriques.
Cette reconnaissance post mortem de la qualité d’Offenbach en tant que compositeur d’opéra rejoignant ses illustres aînés après tant d’échecs, de déconvenues et un mépris toujours vivace, dessine presque une aporie rendant mystérieuse la genèse de la composition des Contes d’Hoffmann : l’artiste méprisé ou le poète maudit, pour rester dans la veine romantique, accouche soudain d’une œuvre dont la beauté et la puissance ne peuvent rationnellement s’expliquer par une lente mais sûre progression artistique.
Dans l’acte final des Contes – l’acte de Venise – Hoffmann paie de son reflet l’amour vénal de la courtisane Giulietta. Image symbolique, s’il en est, d’un homme – Offenbach – perdu et revenu de tout qui, en bradant son reflet, montre qu’il s’est perdu lui-même. Mais qu’a-t-il perdu ? Que va-t-il gagner ?
Telles sont les questions auxquelles cet essai cherche à répondre en interrogeant les liens entre la vie personnelle et publique du compositeur et la modification d’un processus créatif — y compris dans l’utilisation du « léger » — qui, pour se changer, va puiser, comme le dit le livret, dans les « cendres de son cœur » le matériau de son inspiration.”