Présentation de la saison 2015-2016

TRANSGRESSER, RESISTER, S’EMANCIPER

Notre saison 2015/2016 est inscrite sous le signe d’Orphée, programmation oblige et je vais profiter de cette rencontre pour vous introduire rapidement à notre thématique de saison : Transgresser, résister et/pour s’émanciper et vous montrer comment nous avons tenté de la décliner au fil des différentes rencontres programmées.

Cette thématique s’est imposée à nous lorsque nous avons pris connaissance de la saison lyrique.

Les trois Orphée au programme et la Rose Blanche ont été bien évidemment déterminants dans ce choix.

Pour Orphée, trois raisons président à ce lien avec notre thématique :

@ La première vous est déjà familière, puisqu’il en a été déjà question avec l’Orfeo de Monteverdi qui, bien qu’il ne soit pas le premier opéra de l’histoire, est considéré comme l’oeuvre fondatrice du genre. Mais il nous faut aller plus loin si nous voulons comprendre le lien avec notre thématique. Le mythe d’Orphée a inspiré plus d’une trentaine d’ouvrages et on remarquera avec D. Jameux que les moments de floraison de ce mythe « se confondent avec ceux de l’affirmation du Sujet », qu’il s’agisse de l’Antiquité grecque, de la Renaissance (Péri, Monteverdi, Rossi), du XVIII et du Temps des Lumières (Gluck, Mozart avec la Flûte Enchantée considérée par D. Jameux comme un Orphée bis) ou enfin le début du 20ème siècle avec Cocteau, Rilke, Valéry, Blanchot. On ne trouve pas de reprise du mythe d’Orphée au Moyen Age ni au 19ème siècle, mise à part l’Orphée d’Offenbach mais qui est une reprise sous forme parodique, seule forme sans doute acceptable dans cette période où l’individu devait se plier au diktat de la société. Bref le mythe d’Orphée est à chaque fois utilisé comme manifeste pour un art nouveau (l’Orphée de Gluck par exemple est une critique à la fois de l’opéra seria italien et de l’opéra français), la figure d’Orphée accompagne pas à pas l’évolution du genre opératique.

@ La seconde raison tient évidemment à la figure d’Orphée elle même : Orphée est un héros, il brave la mort pour sauver son amour, c’est un réformateur, un créateur. Pour créer, réformer, inventer, il faut savoir sortir du cadre, il faut donc être capable de résister, de transgresser, de s’émanciper.

@ La troisième raison enfin porte sur la question de la tessiture : le rôle d’Orphée est chanté tantôt par un homme (castrat ou non) tantôt par une femme (transgression et travestissement), tantôt par un castrat, tantôt par un mezzo-soprano ou encore un contralto, tantôt encore par une haute-contre ou par un ténor, mais aussi par un baryton ou une basse. Et je n’aborde pas l’aspect du corps même de l’interprète…Qui dit mieux ? Côté résistance et transgression, il y a de quoi faire, le tout étant au service de l’émancipation de la voix. Mais je n’en dis pas plus sur ce sujet car il fera sans doute en partie l’objet de la rencontre du 16 janvier 2016.

Je vais passer plus rapidement sur la Rose blanche, le lien avec notre thématique étant quasi transparent puisque l’œuvre traite en direct de la résistance, de la transgression et de l’émancipation. Je ne peux que vous conseiller en guise d’introduction à cet opéra le livre de Pierre Bayard Aurais-je été résistant ou bourreau ? qui analyse avec beaucoup de finesse la situation dans laquelle se trouvaient les membres de la Rose blanche et tout particulièrement les Scholl (opposés au régime nazi) et ce qui a pu favoriser chez eux, la désobéissance, la capacité de sortir du cadre, de résister et de s’émanciper pour défendre leurs idées au péril de leur vie.

Voyons maintenant comment nous déclinons cette thématique au fil de nos rencontres :

Le film de Xavier Giannoli Marguerite avec Catherine Frot et le merveilleux Michel Fau, vu en avant première fin août au Caméo, nous a fourni, de façon tout à fait imprévisible, une belle entrée en matière : l’histoire d’une femme qui résiste, transgresse et s’émancipe mais sans doute pas pour le meilleur de nos oreilles !

En effet, ce film relate les aventures ou plutôt les mésaventures d’une passionnée de voix (elle a de graves problèmes de justesse dont elle n’a absolument pas conscience), et reprend en partie la vie de la fameuse richissime américaine Florence Foster Jenkins qui, contre vents et marées, a résisté aux oppositions de son père puis de son mari (ce n’était pas la coutume au début du 20ème siècle pour une femme de s’imposer ainsi : résistance, transgression, émancipation) et a poursuivi son improbable carrière de chanteuse au point d’être sollicitée par la maison de disques Melotone et d’enregistrer une demi-douzaine de 78 tours, dont un est toujours disponible sous le titre moqueur de The glory of the human voice.

Début septembre à la présentation de saison du CCN Ballet de Lorraine, il était également question d’émancipation et une fois encore de femmes. Dans la décennie 70/80, à New York, Twyla Tharp et Trisha Brown créent leur propre « langage » de danse, qui sera plus tard codifié et qui continue à influencer chorégraphes et danseurs actuels. J’en profite pour vous rappeler qu’il est encore temps, même pour ceux qui n’ont pas assisté à cette présentation de nous rejoindre le samedi 17 octobre et le samedi 20 février au CCN pour deux petits ateliers. Le premier sera animé par Joris Perez, danseur intervenant auprès des publics et par Emilie Kieffer, chargée des actions culturelles et le second par Yves Gueniffey. Yves vous montrera comment, de résistances en transgressions, les chorégraphes se sont appropriés un nouveau langage pour le corps dansant. Vous saisirez ainsi ce qui fait la danse d’aujourd’hui et aurez peut-être un peu moins de résistance à venir à la rencontre de ce nouvel univers chorégraphique.

Le 7 novembre prochain, dans notre cycle Découverte d’un instrument, nous accueillerons Noémie Lapierre et Claire Kalisky. Le choix de ce duo féminin et de ces deux instruments, la clarinette et le cor, n’est pas non plus le fruit du hasard.

L’idée est de faire le point sur un certain nombre de préjugés qui sévissent encore dans le monde musical et qui pèsent sur les femmes qui veulent s’y engager. La question du choix de l’instrument notamment n’est pas aussi neutre que l’on pourrait le croire au premier abord. On ne voyait, il y a encore quelques années, aucune femme clarinettiste dans un orchestre symphonique, encore moins de corniste et aucune trompettiste. Pourquoi ? Les instruments seraient-ils sexués et certains seraient-ils l’apanage exclusif de la gente masculine ? Les musiciennes qui jouent de ces instruments font-elles preuve de résistance face aux idées reçues, de transgression en s’entêtant à vouloir quand même jouer de ces instruments et se seraient-elles au final émancipées au point pour certaines de devenir solistes ? Nous essayerons de tirer tout cela au clair avec nos deux invitées pour mieux comprendre la nature du lien qui se créée entre un instrumentiste et son instrument et ce par delà tout préjugé sexiste.

Le samedi 21 novembre, Elisabeth Péri-Fontaa, phoniatre à Strasbourg, nous fera voyager en direct, par le biais de la vidéo-laryngostroboscopie, dans les secrets de la voix et nous contera, vidéos à l’appui, l’histoire des cordes vocales, faite elle-aussi de résistance, de transgression, d’émancipation, pour le meilleur ou pour le pire (on l’a vu avec Marguerite). « Quand la voix se donne à voir » est donc l’occasion pour nous de mieux comprendre le fonctionnement mystérieux de l’appareil de la phonation, instrument phare de la virtuosité vocale qui ne se laisse cependant pas enfermer dans sa seule dimension anatomique. On en voudra pour preuves les imitations, prête voix et autres travestissements, autant de dédoublements entre la voix « impossible à voir mais qui se donne à entendre » et le corps « réalité anatomique des cordes vocales » qui s’offre à la lumière stroboscopique. Bel écho à la question de la tessiture : quelle voix pour Orphée ?

Comme chaque saison maintenant, vous retrouverez Yves Gueniffey au Charmois. Le 25 novembre, il proposera, extraits vidéo à l’appui, ce que l’on pourrait considérer comme le quatrième terme de notre actuelle trilogie, à savoir « mourir ». La mort, omniprésente dans nos opéras, est bien souvent l’ultime émancipation voire la seule possible pour le héros.

Le 16 janvier 2016, Marie-Geneviève Dague et moi-même vous proposerons thèmes et variations sur la figure d’Orphée et tenterons de creuser quelques-unes des pistes évoquées plus haut.

Le 12 mars 2016 sera consacré à la prévention des risques dans une salle de spectacle, ce qui est bien normal dans le cadre de notre thématique, au final quand même assez dangereuse. S’émanciper, c’est bien mais il ne faut pas le faire n’importe comment et savoir évaluer les risques que l’on court ou fait courir aux autres lorsque l’on résiste et transgresse. Après cette rencontre, nous saurons tout sur les conduites à tenir en pareil cas grâce à l’équipe de sécurité qui veille dans l’ombre sur nous tous pendant chaque représentation.

La saison finira un 18 juin, date symbolique s’il en fut de la transgression et de la résistance pour l’émancipation de la France du joug de l’occupant – belle coïncidence !- avec les Malices de Des’lices. Laurent Spielmann aura-t-il su faire de nous des résistants, des transgresseurs, des émancipés ??? Nous le saurons en participant activement à cette rencontre dont la thématique portera sur l’avenir des Maisons d’Opéra en Europe.

En marge de ces RV, je vous signale la nouveauté de cette année, la rubrique « les coulisses d’un spectacle ». Pour chacun de ces deux RV, l’un pour l’Orfeo de Rossi et l’autre pour Les pêcheurs de perles, vous aurez la possibilité de rencontrer l’équipe qui travaille à la mise en place d’un opéra et ce sous la houlette de Claude Cortese auquel il est temps maintenant de passer la parole puisque c’est notre invité du jour.

Il est arrivé à Nancy il y a plus d’un an et remplace Valérie Chevalier au poste de directeur de l’administration artistique. Mais quel est le travail d’un directeur de l’administration artistique ?

Mö Frumholz

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