Présentation de la saison 2010-2011

Une saison inscrite sous le charme. Entendez ce terme dans son sens premier, celui de sortilège, de chant magique. On se souviendra que le mot « charme » vient du latin carmen, qui signifie « chant » et Carmen est justement au programme ce cette saison. Saison inscrite sous les enchantements, les sortilèges, la magie. Or ces enchantements sont souvent le fait des femmes. On pourrait donc aussi inscrire la saison sous le signe du féminin.

La Carmencita, femme fatale, libre comme l’oiseau, ensorcèle Don José, Rusalka, l’ondine, femme-poisson, réussit à séduire le prince, Alcina, la magicienne dans Orlando envoute les chevaliers et les métamorphose, dans la folle journée des Noces de Figaro, ce sont bel et bien les deux femmes qui mènent le jeu et tiennent le premier rôle dans la farce finale. Dans la Veuve Joyeuse, la chanson traditionnelle de la fée Vijna et la fête parisienne de l’ensorcellement, de l’enivrement rappellent aussi cette thématique. Autant d’incarnations de la sexualité féminine, mystérieuse, dangereuse, séduisante… Il y a bien du diabolique dans tout cela et il n’est même pas forcément nécessaire que fées ou sorcières soient mises en scène. Dans le Portrait par exemple, Tchartkov, jeune peintre plein de talent, est littéralement possédé par un tableau qu’il découvre chez un brocanteur. Ce tableau ne représente pas une belle jeune fille mais un homme dont les yeux sont doués d’un regard qui surgit de fond du tableau et qui regarde celui qui le contemple. Là encore le charme va opérer de la manière la plus sauvage qui soit. Reste Tomorrow, in a year me direz-vous, mais cette œuvre n’est-elle pas en fait, à la fois par sa thématique – l’évolution des espèces avec les questions terribles que cela suscite – survit qui est capable de s’adapter – et jusque dans sa forme même, ensorcellement ? Ensorcellement pour le meilleur et/ou pour le pire, selon les goûts de chacun ? Comme le disait Laurent Spielmann, lors de la rencontre de juin dernier, que peut-on savoir de ce que sera l’opéra de demain ? Une ébauche de réponse, peut-être, se dessine à l’écoute de Tomorrow, in a year : les opéras ne sont-ils pas toujours parce qu’ils mettent en scène la Voix des fabriques de charme et nous, spectateurs, ne sommes nous pas toujours plus ou moins leurs proies, des proies consentantes et rétives, des proies vives à la fois séduites et médusées ?

Mô Frumholz

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