Le Slam

Quand nous avons été invités à découvrir la poésie slamée, de plus au Grand Foyer de l’Opéra, nous pouvions avoir différents ressentis soit de rejet soit d’envie de découvrir ou redécouvrir un art des mots différent de celui que nous avons l’habitude de côtoyer.

En effet l’art lyrique, contrairement au slam, s’accompagne de musiques qui bercent ou percent nos oreilles selon leur intensité, ce qui nous incite parfois à ne pas prêter une attention soutenue aux paroles proposées par le livret.

Dans le cas du slam, ne pas s’intéresser aux mots qui s’enchaînent dans des phrases qui constituent un texte d’environ trois minutes, c’est perdre l’essentiel de la démarche des slameurs qui recherchent une certaine vérité à un instant donné de leur vie ou de celle de leurs proches.

Nous avons rencontré des slameurs heureux de nous communiquer leur passion de décrire avec leurs mots des instants de vie ou de mort et de nous les transmettre par la voie de l’oral, ce qui est difficile au début de cette pratique, lorsque qu’ils se retrouvent en face d’un public acquis ou non à leur cause, nous dirions comme pour la plupart des artistes avant d’entrer en scène.

Monique a su nous mettre tout de suite dans l’ambiance en nous présentant ce qu’est le slam pour elle qui anime des rencontres notamment dans des soirées, des cafés ou des classes et permet aux personnes présentes de se lancer en impulsant l’envie de le faire. « Nous sommes des joueurs de mots, l’instrument c’est la voix, le trac fait mal, pas de générale, sans musique, des sons, un accord musical, seuls sur la scène, chacun choisit son style ; le slam c’est une nourriture, on rêve en rythme ».

C’est ainsi que nous avons écouté Monique, Joseph, Jean-Marc et sa fille Rachel, Grégory, Annick, Justin et d’autres personnes, nous lire leurs productions personnelles dans un silence qui, sans doute, leur a permis de se sentir en confiance et de libérer leur appréhension de se retrouver face à un public d’opéra habitué à d’autres formes d’expression.

Dans le même temps nous avons été attentifs à saisir leurs envies, leurs besoins de s’exprimer en se demandant si nous pourrions ou souhaiterions profiter de ce moyen d’expression. Certains répondront OUI, d’autres NON, l’essentiel est que chacun ait vécu un moment particulier empreint d’émotion, merci à tous les participants.

Monique nous a invités à nous retrouver lors de prochaines rencontres soit à Lunéville soit à Nancy et surtout à poursuivre l’expérience en préparant des textes slamés si nous en avons envie. Nous pouvons découvrir en nous des talents cachés et peut-être retrouver ce brin d’insouciance qui nous incite à laisser libre cours à notre imaginaire. « Les mots sont comme un voyage qu’on ne fait qu’une fois, le jour où on se lâche ». « Le slam est poésie, le slam, c’est comme une lumière ».

« Il est à craindre une OPA sur l’opéra ! »

Marcelle Wyncke

UN SOIR A L’OPERA

Voilà,voilà voilà et voilà quoi ?
Pour la première fois
J’ai poussé le porte
La porte de quoi ?
Et bien la porte de l’opéraL’ouvreuse m’a dit
Que c’était par là
Pardon Monsieur,pardon Madame
Un fauteuil rouge me tend les bras.

L’orchestre au grand complet est là
Et dans un brouhaha
Il s’ajuste et s’accorde avec le la
Le chef arrive et lève les bras.

Les violons s’agitent
Les trombones coulissent
La musique surgit, jaillit
Les harmonies nous grisent.

Les lumières s’éteignent doucement
La scène est noire
Un homme approche
Une voix grave retentit
Une voix claire la rejoint
Puis trois puis quatre puis cinq puis vingt

Les vois se mêlent et s’entremêlent
Se mêlent encore à l’infini.
On rit on pleure on se débat
Duos d’amour,duos de haine
S’enchaînent encore et se déchaînent.

J’écoute pour entendre
Je regarde pour voir
Je suis là-bas avec eux ,sur la scène
Est-ce cela la vie, est-ce cela le rêve.Pour la 3ème fois le rideau rouge se lève
Pour la 3ème fois le rideau rouge s’abaisse

Maintenant c’est fini,on applaudit
Je reste là abasourdie.
Ils sont tous morts ou anéantis
On meurt toujours à l’opéra
A l’opéra on meurt aussi.

Disparues,finies les harmonies
Disparu ,fini Don Gionani
Mozart et tutti quanti.

Je quitte mon siège avec regret
La foule m’entraîne vers la sortie
Puis elle me jette dans la rue
Je suis perdue et mon rêve a disparu

Et pourtant je me sens bien
Mon cœur est chaud,je le sens battre
Il bat au rythme,encore et encore
De la musique
Moments intimes,moments exquis
Maintenant, je le décide ,c’est dit
J’en suis sûre, sûre de cela
Croix de fer, croix de bois
Je retournerai,mais où cela,
Je retournerai à l’opéra.

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